Les adversaires de l’écologie gagnent du terrain aux Etats-Unis

Les sceptiques du réchauffement climatique sont une force de plus en plus importante au sein de la société américaine. Leur influence se fait ressentir aussi bien dans les plus hautes instances de décision politique aussi qu’au sein des collectivités locales et régionales. Au-delà du climat, le développement durable et la mise en ouvre de l’Agenda 21 est vécu par certains comme un contrôle étatique malvenu.

L’été dernier dans un comté situé sur la pointe sud de la Floride, une mesure sur la protection des lamantins s’est transformée en débat sur l’imposition forcée des réglementations de l’ONU. “On ne peut pas élever la nature au-dessus des gens, ça va à l’encontre de la bible et de la déclaration des droits de l’homme”, expliquait Edna Mattos, une résidente de 63 ans de cette localité à deux pas des Everglades, connue pour être un refuge pour lamantins. La mesure les protégeant visait à interdire la présence des hors-bords et autres jet-skis pendant la période estivale. Les mammifères marins sont en effet régulièrement victimes d’accidents mortels à cause de ces engins qui se déplacent à grande vitesse sur la réserve naturelle.

Face à la pression des membres du Tea Party, qui dénoncent une atteinte à leur propriété privée, la localité a finalement tranché en permettant l’accès de la réserve aux bateaux à moteurs, à condition de respecter la vitesse maximale de 40 km/h. “Nous estimons que les régulateurs fédéraux veulent non seulement contrôler les animaux, l’utilisation des lieux mais aussi la population qui vit ici”, ajoute Edna Mattos, qui a réussi à rassembler plus d’un millier de personnes contre la mesure environnementale. “Comme nous le savons tous, ces visées font partie intégrante de l’Agenda 21 de l’ONU.”

Fixations autour de l’Agenda 21

L’anecdote du lamantin reflète une tendance plus générale à travers le pays, que ce soit à propos d’un projet d’une ligne de TGV, de densification d’un centre ville ou de la construction de pistes cyclables. Et le bouc-émissaire, c’est Agenda 21 et la mise en oeuvre du développement durable, une expression lourdement connotée ici aux Etats-Unis. Dans un article publié sur le magazine en ligne Salon, un urbaniste préférant rester anonyme confie : “Les accusations sur l’Agenda 21 brandies lors des réunions publiques locales sont contre-productives et nous empêchent de trouver un terrain d’entente sur tout projet d’aménagement urbain. Donc nous avons décidé de bannir l’expression “développement durable” de notre jargon.”

Pourquoi une telle fixation autour de l’Agenda 21? La réponse provient d’une culture de méfiance profondément ancrée à l’égard de toute entité de contrôle aux Etats-Unis. La droite et particulièrement l’extrême droite (aux tendances anarchistes, représentées notamment par le candidat Ron Paul) honnissent tout Etat centralisé, considéré comme tentaculaire et restreignant les libertés. L’ONU est l’archétype de cet Etat Léviathan aux yeux de ce groupe. Leur voix est relayée sur de nombreuses radios et sites internet qui appellent à “la résistance” face à “l’attaque contre nos territoires et nos modes de vie”, selon Michael Shaw, fondateur du site entièrement dédié à contrecarrer l’Agenda 21 Freedom Advocates.

“Système de contrôle centralisé”

Glenn Beck, autre commentateur conservateur célèbre, estime lui que les arguments environnementaux sont une excuse : “Quand ils nous parlent de développement durable, en réalité, cela veut dire mettre en place un système de contrôle centralisé sur toute l’activité humaine du monde.” Beck et ses supporteurs ont pris pour cible la déclinaison locale de l’Agenda 21 : le Conseil international pour les initiatives écologiques locales (ICLEI, selon son acronyme anglophone), dont le but est de mettre en place et soutenir des projets de développement durable au niveau des communes. Quelque 1220 acteurs locaux (villes, communes et associations municipales) répartis dans 61 pays participent à cette initiative, dont le Programme des Nations Unies pour l’Environnement a contribué au lancement.

Ces “climato-sceptiques”, comme on les surnomme ici, voient dans ces organisations un moyen de les forcer à faire une croix sur leurs grandes maisons en zones périurbaines pour aller s’entasser dans des appartements de centre-ville. Ils considèrent que les compteurs de consommation électrique qui envahissent leurs foyers pour optimiser l’utilisation d’énergie est “un moyen d’espionner les gens”, selon Cher McCoy, une adhérente du Tea Party dans l’Etat de Virginie.

“Qu’ils refusent d’utiliser ces compteurs de consommation pour leur électroménager n’est pas le problème”, soupire Ilana Preuss, vice-présidente de l’organisation environnementale Smart Growth, “le vrai danger, c’est qu’ils étouffent toute conversation sur le développement durable au niveau local.” Et les candidats républicains à l’élection présidentielle n’hésitent pas à souffler sur les braises. Le 13 janvier dernier, le parti a passé une résolution condamnant fermement l’Agenda 21 de l’ONU comme “insidieux” et “destructeur”.

Article paru dans Novethic.

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