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La contre-attaque des cigaretiers


Il est 7 heures du matin. Justin Billings vérifie ses emails et allume sa première cigarette de la journée. Ce musicien de 31 ans vit à Los Angeles et il le reconnait lui-même : il est "accro". Le problème, c'est qu'il n'est pas évident d'en "griller une" à cause des restrictions à l'encontre des fumeurs. Sa solution? Snus, de la poudre de tabac humide qu'on place sous la lèvre et qui libère de la nicotine absorbée par les gencives. "C'est très discret et il n'y a pas besoin de cracher", précise Justin Billings, qui explique utiliser ces petits sachets vendus par Camel pour atténuer son besoin de nicotine lorsqu'il se trouve dans des endroits où il ne peut pas fumer. "Quand je suis en cours, dans ma salle de sport ou dans un bar avec des amis, j'utilise Snus", ajoute le jeune homme, visiblement séduit d'avoir trouvé un remède passe-partout à ses besoins en nicotine.



Comme Justin Billings, des milliers de fumeurs se sont mis à consommer ces nouveaux produits du tabac arrivés sur le marché suite à l'explosion des zones non fumeurs aux Etats-Unis. En Californie, l'un des Etats les plus stricts en la matière, il est interdit de fumer dans les bars, restaurants, hôtels, lieux de travail, parcs, écoles, zones piétonnières, arrêts de bus, voitures avec enfants ou encore sur la plage. Certaines promoteurs construisent même des complexes d'appartements entièrement "smoke free", où les locataires doivent impérativement être non fumeurs.



Moins cher que les cigarettes



Pourtant la cigarette aux Etats-Unis a longtemps fait partie du décor. Dans les années 60, près de la moitié de la population adulte fumait, et l'industrie du tabac a longtemps empêché toute forme de régulation grâce à ses puissants lobbies. Mais la prise de conscience des méfaits du tabagisme a généré une vague de restrictions à l'initiative des Etats, surtout dans les années 90. Le dernier coup dur portée à l'industrie du tabac date de juin 2009, lorsque Barack Obama confie à la Food and Drug Administration (FDA, équivalent en France de l'Afssaps, l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) la réglementation des produits du tabac, à laquelle les cigaretiers échappaient jusque là.



Staples>. Crédits: Cécile Gregoriades

Publicité pour Camel Snus.



Aujourd'hui, environ 20% de la population adulte fume aux Etats-Unis. Mais l'industrie du tabac n'a pas dit son dernier mot et lance de nouveaux produits dits "sans fumée". Snus est l'un d'entre eux. Commercialisé par Camel, il se présente sous la forme de petits sachets de thé remplis de tabac humide, sorte de version moderne du tabac à mâcher. Snus se vend réfrigéré aux côtés des paquets de cigarettes traditionnels comme dans cette supérette de Los Angeles où Richard, le gérant, garde les petites boites en aluminium près de sa caisse. "Je n'en vends pas autant que des cigarettes", admet-il, même si chaque boite d'une quinzaine de sachets Snus coûte moins cher qu'un paquet de cigarettes : 3,50 dollars contre 5,50 dollars en moyenne.



Justin Billings, qui fume ou déglutit des Snus en fonction de l'endroit où il se trouve, se dit satisfait du nouveau produit : "d'après ce que j'ai pu lire, c'est beaucoup moins nocif que le tabac", souligne-t-il. L'absence de fumée élimine de facto les maladies des voies respiratoires provoquées par la cigarette, mais les risques ne sont pas réduit à zéro. Snus augmente les chances de développer un cancer du pancréas, et la présence de nicotine favorise la dépendance au produit.



Bonbons à la nicotine



Un argument démenti par les cigaretiers qui estiment que les produits comme Snus offrent aux fumeurs un moyen de réduire leur consommation de cigarettes et donc de se désaccoutumer. Karla Sneegas, qui dirige une agence de sensibilisation aux méfaits du tabac dans l'Indiana, est sceptique. Pour elle, Snus n'est qu'un moyen de soulager son besoin de nicotine jusqu'à la prochaine cigarette : "ça ne va pas aider les gens à arrêter de fumer", maintient-elle.



Snus n'est pas le seul produit sans fumée commercialisé par les entreprises du tabac. R. J. Reynolds Tobacco, le deuxième cigaretier mondial, teste actuellement à la vente des bonbons à la nicotine dans trois villes américaines. Camel Orbs, est vendu dans des petites boites en plastique : vertes pour les dragées parfumées à la menthe, orange pour la cannelle. Camel Strips se présente sous la forme de petites languettes et Camel Strips sous la forme de bâtonnets à laisser fondre dans la bouche. Les associations anti-tabac notent la ressemblance à la fois du packaging et des dragées avec des bonbons tic-tac ou des chewing gums, un moyen de séduire une cible jeune voire adolescente. L'entreprise R.J. Reynolds Tobacco écarte l'argument d'un revers de main et vante les mérites de ses produits avec nicotine mais sans fumée "à savourer n'importe quand, n'importe où".


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