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Arizona : les raisons derrière le passage de la loi


Un vent chaud et constant balaie le ranch de Tom et Dena Kay situé à la pointe sud de l'Arizona. Propriétaires d'un troupeau de plusieurs milliers de têtes, les Kay s'estiment en première ligne du combat contre les "illégaux", comme ils les appellent. Leur ranch longe la frontière sur plus de huit kilomètres, et est constamment traversé par des clandestins mais aussi par des trafiquants de drogues. "Ils détruisent nos barrières, coupent les fils barbelés pour pouvoir passer et nos vaches disparaissent une à une. Elles s'enfuient et se perdent", affirme Dena Kay, la cinquantaine, d'un ton exaspéré.



Selon Tom, quelque 1000 clandestins traversent son ranch chaque jour, laissant derrière eux vêtements sales, bouteilles plastiques, boites de conserve et autres détritus "même des excréments", souligne Dena. Mais depuis plusieurs années, c'est la violence qui s'intensifie. Les trafiquants de drogue en particulier n'hésitent pas à faire usage de leurs armes entre bandes rivales mais aussi contre la population frontalière. La mort de l'éleveur Robert Krenz le 27 mars dernier a ravivé les tensions entre "ranchers" de l'Arizona et leurs voisins du sud. Tom et Dena ne veulent pas se prononcer sur la nouvelle loi que vient d'adopter leur Etat pour combattre l'immigration clandestine. "Tout ce que nous voulons, c'est un renforcement de la frontière, qu'on arrête ce flot de clandestins et de trafiquants qui nous pourrissent la vie", grince Dena.



Moins cher que les cigarettes



La colère des Kay reflète celle des habitants de l'Arizona qui sont largement en faveur de la loi signée le 23 avril par la gouverneur républicaine de l'Etat Jan Brewer. Cette loi, très controversée, permet à la police locale à contrôler les habitants si elle a un “soupçon raisonnable” sur leur statut. Une pratique qui ne choque pas en Europe, où la vérification des papiers de façon arbitraire est légale, mais aux Etats-Unis, il n’existe pas de carte d’identité et nul n’est tenu de devoir présenter ses papiers. Les détracteurs de la loi estiment qu'il est discriminatoire d’imposer à une catégorie de population d’avoir à justifier de son identité et crient au délit de faciès. "Etre sans papier n'est pas une question raciale, c'est une question de non respect de la loi", se défend l'auteur de la loi, le sénateur Russell Pearce.



Si la réputation conservatrice de l'Arizona n'est plus à faire, l'explosion du nombre de sans-papiers ces dernières années est devenu le principal thème de campagne dans l'Etat. La construction d'un mur de sécurité, initié en 1996 à San Diego, couvre aujourd'hui l'ensemble de la frontière commune au Mexique et à la Californie, soit plus de 200 km. Les autorités se vantent de l'efficacité de cet édifice ultra-moderne, mais la conséquence en a été le contournement des sans-papiers à l'est, par l'Arizona. Un passage beaucoup plus dangereux en raison de l'hostilité du désert du Sonora où 200 personnes laissent leur vie chaque année du fait des conditions extrêmes.



Moins cher que les cigarettes



Malgré les risques, l'Arizona est devenu la porte d'entrée officieuse du Mexique vers l'eldorado américain. Aujourd'hui, environ 10% de la population de l'Etat est sans papier, ce qui représente 500 000 personnes, dont l'écrasante majorité est mexicaine. Mais le trafic des hommes s'accompagne de celui des drogues et le spectre de la violence qui déchire le Mexique terrifie la population locale. "Les trafiquants font preuve de plus en plus de dextérité pour ne pas perdre leur marchandise", expliquait un policier des frontière Jesus Rodriguez en janvier dernier, suite au meurtre d'un de ses confrères.



Le corridor de Yuma, à l'extrême ouest de l'Etat, a observé une augmentation significative des attaques de trafiquants à l'encontre des autorités alors que 700 000 tonnes de marijuana ont été saisies en 2009. La cruauté des passeurs, appelés "coyotes", fait aussi régulièrement la "une" des journaux de l'Arizona. Lorsque les clandestins ne sont pas aptes à traverser l'infernal désert du Sonora, ils sont bien souvent abandonnés à mi-chemin et laissés pour morts.



Cette loi controversée résulte donc d'une exaspération générale de la population qui s'estime abandonnée par Washington. Un Barack Obama alors candidat avait promis en 2008 de "faire du renforcement des frontières la priorité de (sa) première année de président". Au final, la ratification d'une telle loi semble semée d'embûches car l'immigration est du ressort du gouvernement fédéral et les organisations de défense des droits de l'homme se battent de leur côté pour invalider une mesure qu'elles considèrent discriminatoire. Mais cet épisode relance à l'échelle nationale le débat épineux de l'immigration clandestine, et c'est là la vraie victoire de l'Arizona.







Vivek Malhotra, de l'Union américaine pour les libertés civiles : "Un Etat policier"



La loi votée en Arizona méprise de façon flagrante les valeurs les plus fondamentales de notre pays. Elle fait de tous les résidents latinos des criminels potentiels. Elle autorise la police à procéder à des vérifications de papiers d'identité en vertu d'une soit-disant "suspicion raisonnable" que les personnes arrêtées sont clandestines. Sachant que 30% de la population de l'Arizona est latino, ça fait beaucoup de papiers à vérifier. Comment peut-on juger si quelqu'un est présent dans le pays illégalement en se basant uniquement sur l'apparence physique? L'Arizona se transforme en Etat policier.



Tous droits réservés 2006-2010 Cécile Grégoriades, sauf précision.