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Réforme de la santé : Whole Foods boycotté


Le PDG de la chaîne de magasins Whole Foods aurait dû y réfléchir à deux fois avant d’écrire au Wall Street Journal, le 11 août dernier. John Mackey y donne son opinion sur le projet de réforme Obama du système de santé. Son article a fait l’effet d’une bombe.



Reconnaissant la nécessité de réformer le système actuel, le PDG s’insurge contre l’instauration d’un plan “socialiste”, où “le gouvernement prend le contrôle” d’un système qui creuserait encore plus les déficits actuels. Comme beaucoup d’opposants à l’option publique de la réforme, il dépeint ce que serait un système de santé “comme au Canada ou en Grande-Bretagne, où des bureaucrates dictent aux citoyens les soins qu’ils peuvent recevoir, et ceux auxquels ils n’ont pas droit.”



“Tous ces pays qui ont opté pour un système de santé socialiste”, poursuit John Mackey, “rationnent les soins prodigués aux gens, et les forcent à faire la queue pour voir un docteur.” Ce dirigeant d’entreprise n’est pas le seul à faire valoir son opinion sur le projet de réforme de santé, largement débattu outre-Atlantique. Mais il n’est pas à la tête de n’importe quelle entreprise…



Sacs en papier kraft



Whole Foods Market est la plus grande chaîne de supermarchés bio aux Etats-Unis. L’entreprise se vante d’être socialement et écologiquement responsable. Les produits frais sont locaux, certifiés bio, les viandes et poissons sont sans OGM ni antibiotiques, non clônés, et à la caisse, les sacs ne sont pas en plastique mais en papier kraft recyclé.



Seulement voilà, aller faire ses courses à Whole Foods n’est pas donné à tout le monde, comme le reflète le surnom moqueur donné à l’entreprise : “Whole Foods, Whole Paycheck”. Autrement dit, on dépense “tout son salaire” en allant chez Whole Foods. Les clients sont à la fois relativement aisés, urbains et sensibles au respect de l’environnement : l’archétype de l’électeur démocrate.



Staples>. Crédits: Cécile Gregoriades

Un manifestant à l'entrée du magasin Whole Foods de Westwood, à Los Angeles. Crédits Cécile Grégoriades



wholefoodboycott2“La stratégie de la peur marche à plein dans le débat sur la réforme du système de santé, comme on le voit avec John Mackey”. Jeff est étudiant en médecine à l’université de UCLA de Los Angeles. Vêtu de sa blouse blanche, il est venu, comme une dizaine d’autres, appeler au boycott à l’entrée du magasin de Westwood, le quartier étudiant de la ville.



Munis de pancartes et de tracts, ils veulent “sensibiliser les consommateurs à ce qu’ils contribuent de financer en allant faire leurs courses à Whole Foods”, comme l’explique Adam Sandy, un autre étudiant de 24 ans. “Soixante Américains meurent tous les jours parce qu’ils n’ont pas de couverture sociale”, ajoute le jeune homme, aux arguments bien rodés.



La manifestation provoque la réaction de quelques clients, certains approuvant, d’autres reprochant aux étudiants de se tromper de cible. Après tout, Whole Foods offre à ses employés une assurance santé irréprochable. Beaucoup de clients ne sont pas au courant de l’article de John Mackey dans le Wall Street Journal, et passent leur chemin, leur sac en kraft recyclé sous le bras.



“Don’t shop while Americans drop”



La vague de réaction a pourtant été nationale. Depuis près de trois semaines, citoyens et autres groupes pro-réforme organisent des manifestations à l’entrée de certains des 275 magasins du pays, aux slogans de “Don’t shop while Americans drop” (“ne faites pas vos courses alors que des Américains meurent”). Sur Facebook, plus de 31 000 membres adhèrent au groupe Boycott Whole Foods.



Cet épisode porte un coup sévère à l’image du magasin. Vendredi après-midi, une porte parole était sur les lieux quelques minutes à peine après le début de la manifestation, distribuant des tracts signés du gérant local. “John (Mackey) est en faveur d’une réforme du système de santé, contrairement à de que disent ceux qui s’opposent à lui”, pouvait-on lire. Whole Foods insiste pour dire que les opinions de son PDG ne reflètent pas celles de la chaîne, mais le mal est fait.



Sur Facebook, les membres du groupe Boycott Whole Foods s’échangent des conseils pour trouver leurs produits favoris sans passer par le magasin : “Comment je fais pour trouver la glace Rice Dream (à base de lait de riz)?”, se demande l’une d’entre elle. “Va faire tes courses chez ta coopérative locale!”, lui répondent d’autres membres.



En attendant, des groupes se sont constitués en soutien à Whole Foods, comme le Tea Party Buycott, qui encourage ses membres à se réunir un jour et “à y faire toutes leurs courses de la semaine afin de montrer à M. Mackey qu’on est d’accord avec sa vision pro-marché de la réforme du système de santé.”







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